22/04/2016

 

LA PLATE-FORME DE LA PETITE PECHE ARTISANALE FRANÇAISE

 

« Nous dénonçons un système de gestion inadapté à la petite pêche »

 

Par Anne-Marie Vergez, Gwen Pennarun et Frédéric Reste

 

 

 

Parcours du combattant pour s'installer, question douloureuse des quotas, carcan administratif, concurrence en mer, inquiétude sur certains stocks... Les bateaux de moins de 12 mètres, qui constituent les trois quarts de la flottille française, ont besoin que le système de gestion évolue. C'est ce dont témoignent Anne-Marie Vergez, Gwen Pennarun et Frédéric Reste, respectivement pêcheurs au Pays basque, en Bretagne et en Méditerranée, et coprésidents de la Plate-forme de la petite pêche artisanale.

 

La Plate-forme de la petite pêche artisanale française est une association de marins pêcheurs. Son objet est de défendre les intérêts de la petite pêche artisanale. Pourquoi avons-nous créé la Plate-forme ? Parce que malgré son impor­tance, nous n'avons pas le sen­timent que la petite pêche soit suffisamment et équitablement défendue au sein des organisa­tions professionnelles et par les différents gouvernements.

 

Notre objectif n'est pas de lut­ter contre les plus de 12 mètres. Nous reconnaissons entière­ment l'existence complémen­taire des autres métiers et l'importance pour un port et la filière de disposer de cette diver­sité de la flotte. Bien entendu, nous avons des points de désaccord. Nous souhaitons simplement que des mesures soient mises en place pour préserver la petite pêche et les équilibres entre les différents métiers

 

S'installer est un parcours du combattant.

 

 

 

Pour un patron de petite pêche, s'installer est un par­cours du combattant. Il faut déjà obtenir le PME (permis de mise en exploitation). Et ensuite pléthore d'autorisations, AEP (autorisation européenne de pêche), licences canot, filet, bar, coquille, sole etc. Sur le bar, plus aucune licence n'est disponible pour les métiers de l'hameçon, le plus respectueux de la res­source et du milieu marin, dont dépendent des centaines de marins... Sa responsabilité dans la surexploitation de l'espèce est sans commune mesure avec celle du chalut pélagique, dont le nombre de licences est resté inchangé.

 

Et il y a la douloureuse ques­tion des quotas. Un instrument de gestion redoutable pour la petite pêche. Son fonctionne­ment repose sur un mécanisme profondément injuste, les antériorités de captures. ll récompense les plus gros pêcheurs, et dessert ceux qui pratiquaient une pêche raisonnée. Nous dénonçons le système actuel de redistribution des quotas et ses nombreux effets pervers.

 

Nous nous appuyons pour cela sur le constat de l'Auto­rité de la concurrence dans son avis rendu en décembre dernier : iniquité de répartition entre pêcheurs, pratiques anti­concurrentielles, opacité des mécanismes d'attribution et de gestion, notamment dans les OP (organisations de producteurs).

 

Le cas du thon rouge illustre cette situation, avec la quasi-inté­gralité des quotas réservée aux senneurs, aux chalutiers pélagiques ou aux gros palangriers. Ce système doit être intégrale­ment revu, afin de construire une répartition basée sur des critères environnementaux, sociaux et économiques conformément à la nouvelle PCP.

 

Pourtant, la réglementa­tion européenne prévoit cer­taines dispositions en faveur des petits bateaux, en les exemptant de certaines autorisations de pêche. Disposition supprimée par la représentation profession­nelle, dans le cas du cabillaud dans certaines zones, en impo­sant une AEP pour les navires de moins de 10 mètres, ce qui péna­lise fortement les installations. De même, nous nous insurgeons de l'inégalité du montant des cotisa­tions (CPO) entre petits et gros bateaux. Nous sommes les pre­miers contributeurs... mais pas les premiers bénéficiaires.

 

Des patrons dépendants de leur territoire.

 

Enfin, il y a le carcan adminis­tratif, qui n'est pas adapté aux contraintes de la pêche à petite échelle. Prescriptions de sécu­rité, radeaux de survie, pesée au débarquement, décisions d'effectifs, vente directe... C'est un véritable fardeau pour nous, patrons de petite pêche.

 

Nous ne réclamons pas que la petite pêche échappe à toute mesure de gestion, nous dénonçons un système de gestion ­inadapté. Nous sommes des patrons dépendants de leur ter­ritoire. Nous avons besoin de travailler les espèces qui se trouvent dans notre environ­nement en répartissant notre effort de pêche, sans logique de profit maximal.

 

C'est une philosophie et un modèle socio-économique que le système actuel ébranle jour après jour. Il n'y a rien de plus absurde pour nous que de devoir éviter le thon rouge qui regorge à nos pieds, ou de le rejeter mort et de devoir se déplacer sur de grandes distances pour recher­cher le poisson qui nous est autorisé...

 

« Et si on suivait vos revendi­cations, on retrouverait tous les navires sur la bande côtière. » Voilà l'un des arguments favoris de nos détracteurs. Mais nous retrouvons déjà de gros navires à la côte, des super-chalutiers, des chalutiers exploitant avec déro­gations l'intérieur des 3 milles, des palangriers de 24 mètres... Nous ne demandons rien de mieux qu'un partage de l'es­pace maritime en fonction de la taille des navires et le respect et

 

le contrôle strict des règles qui en découlent. Les nôtres n'iront jamais au large concurrencer un bateau de 20 ou 25 mètres.

 

De même, nous entendons continuellement la parole offi­cielle se féliciter du bon état des stocks. Mais de quels stocks parlent-ils ? Du bar ? De la dorade rose ? De la dorade grise? Toutes ces espèces sont-elles bien gérées ? Non.

 

Bien des pêcheurs pour­ront vous raconter comment la dorade rose a été décimée par le chalut à grande ouverture verti­cale, comment la dorade grise a quasiment disparu par endroits à cause du chalut pélagique. Nous souhaiterions avoir une évaluation scientifique exhaus­tive... Mais il serait illusoire de laisser penser que cela sera le cas, en tout cas à moyen terme.

 

 

 

Nous avions fondé des espoirs dans la PCP

 

 

 

En Méditerranée aussi, il y a des progrès à faire pour retrou­ver une ressource en meilleur état. Mais attention, il faut aussi intégrer la plaisance, totalement dérégulée, la pollution et l'urbanisation du littoral. Une meilleure reconnaissance des rôles des prud'homies est une des composantes de cette équation. Institutions séculaires indispensables, c'est en les renforçant que l'on pourra faire progresser la gestion des pêches en Méditerranée.

 

Nous avions fondé quelques espoirs dans la nouvelle PCP, notamment avec les dispositions de l'article 17 en faveur de l'allocation préférentielle des possibilités de pêche suivant des critères environnementaux, sociaux et économiques. Mais où sont ces fameux critères que chaque État est censé définir et appliquer ? Peut-être verrons-nous surgir les bénéfices environnementaux et sociaux de la senne danoise et du chalut électrique parmi ceux-ci ?

 

 

 

Source « Le Marin »