Aôut 2017

 

&      Commandant Raymond DUBLINEAU        &

 

 

 

Grâce à Guy ledac, président  de la section BAB,  qui a retrouvé une page du journal « BIARRITZ » de 1974, nous allons pouvoir retracer le parcours de ce grand marin qu’a été son oncle le Cdt Dublineau à travers quelques extraits de l’interview qu’il avait accordée au journaliste Mario Prieto.

 

« Le commandant Dublineau a un regard de marin, l’œil bleu avec cette expression particulière aux gens de mer comme si les vastes horizons avaient laissé leur marque d’infini dans leur regard. Promotion 1923/1924 , Capitaine au Long Cours, il a effectué toute sa carrière à la Cie générale Transatlantique.

 

Il fut le commandant du navire qui ramena en France les derniers forçats de Guyane. Son plus beau commandement fut celui du « Liberté » qui prit la suite du « Normandie » pour battre sur les mers le grand pavois du prestige de la France. »

 

 

   Après 42 années de navigation active, il a installé sa famille sur la côte basque à Biarritz et à la question pourquoi ce choix, il répondit : « Lorsque la drôle de guerre a été terminée, la marine marchande m’avait envoyé ici pour monter des écoles d’apprentissage maritime. C’est ainsi que j’ai installé ma famille dans ce pays que nous aimons bien et que je retrouvais avec infiniment de plaisir  lors de mes congés ».

OFFICIER DE NAVIGATION sur le « Normandie » en 1937, il travaille sur le détecteur d’obstacle !

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Normandie_(paquebot)

http://www.paquebot-normandie.net/

 

En 1937, le lieutenant Dublineau est officier « Sécurité » sur le « Normandie ».

 

 C’est ainsi dit-il  « que j’ai travaillé à l’installation d’un détecteur d’obstacles. C’était un projecteur qui se baladait de 45° environ de chaque bord avec un émetteur et un récepteur. C’était en quelque sorte le balbutiement du radar.

 

Après la guerre j’ai suivi le professeur Hugon aux conférences internationales sur le radar. J’ai quitté le « Normandie » à New York à la déclaration de guerre,  étant mobilisé comme lieutenant de vaisseau et affecté comme adjoint à l’attaché naval de Washington puis comme officier des routes à New York.

 

En décembre 1939, la marine nationale me donna ma première grande responsabilité. Aau départ des Bermudes, j’ai pris le commandement d’un groupe de remorqueurs acquis aux Etats-Unis, ils devaient être utilisés comme patrouilleurs. Des Berrmudes jusqu’à la latitude des Açores notre flottille a été prise dans une succession de tempêtes épouvantables.

 

J’ai commandé un patrouilleur à Casablanca par la suite, et j’ai participé ainsi à des escortes de convois en Manche et Mer du Nord, puis démobilisé dans la mesure générale du 30 juillet 1940.

 

La marine marchande m’envoya à cette époque à Saint-Jean-de- Luz pour créer l’école d’apprentissage maritime, puis les écoles d’apprentissage maritime du sud-ouest.

 

Arrêté par la Gestapo j’ai fait un long séjour au fort du Hâ à Bordeaux.

 

Le château du Hâ, aussi nommé fort du Hâ, est une ancienne forteresse de Bordeaux, à l'emplacement de laquelle sont érigés actuellement le Palais de Justice et l'École nationale de la magistrature. Il a été construit par décision du roi Charles VII, immédiatement après la reprise définitive de Bordeaux aux Anglais en 1453.

 

Vous avez été promu Officier du Mérite Maritime à la suite d’un acte de courage ?

 

« C’est exact, je n’ai fait que mon devoir. En 1949 je commandais le liberty ship « Port en Bessin », nous avions fait escale à Rouen avec un chargement de plus de 3.000t de nitrate d’ammonium.

 

 

 

Un incendie s’est déclaré dans la soute, on connaît l’intensité de la combustion  spontanée du nitrate qui peut entraîner de graves catastrophes comme celle de l’  « Océan Liberty » à Brest. Avec le lieutenant au long cours Monnier nous sommes descendus dans la cale munis d’extincteurs. Je vis qu’il n’y avait plus rien à faire, il a pris une échelle et moi l’autre, le bosco m’a retiré de la cale, Monnier n’avait que quelques échelons à gravir, il a été léché par une énorme flamme. Il devait succomber le lendemain des suites de  ses brûlures. »

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Explosion_de_l%27Ocean_Liberty

 

 

L’Ocean Liberty est un cargo norvégien, d'un modèle liberty ship, dont l'explosion, lors du déchargement le 28 juillet 1947, a causé d'importants dégâts à Brest. Il s'agit de l'explosion, dans des conditions fortement confinées, d'un mélange très sensible de nitrate d'ammonium et de combustibles liquides

LE COMMANDANT DU « LIBERTE »

 

 

Le Cdt Dublineau a commandé de grands cargos, des cargos mixtes et des paquebots de la Cie Générale Transatlantique, comme le « Colombie », les « Antilles », le « Flandre »,  et enfin le « Liberté ».

 

« Ce fut votre plus beau commandement ? ».

 

« C’était le « France » de l’époque. Il s’agissait de l’ancien transatlantique allemand « Europa » donné comme dommage de guerre à l’Amérique, puis à la France. La Transat l’avait reconverti pour le mettre au goût français, nous supportions la concurrence du « Queen Mary » et des bateaux des USA. Au prestige de son luxe s’ajoutait le renom de la cuisine française tant et si bien que le coefficient de remplissage était de 75%.

 

J’ai reçu à bord des passagers très brillants, le gotha international, le monde du cinéma, de la politique, de l’industrie. Un des voyages fut animé par Luis Mariano qui s’est montré d’une gentillesse extrême, chantant  et faisant danser tout le monde.

 

J’ai commandé le « Liberté » pendant deux ans et demi et j’ai terminé ma carrière comme inspecteur général de la navigation, mais comme inspecteur navigant. »

 

LA FIN DU BAGNE DE CAYENNE - le  retour des forçats

 

 

Si l'abolition de la transportation en Guyane est acquise en décembre 1938, il faut attendre 1946 pour voir la même décision appliquée à la relégation. Et ce n'est qu'en 1953 que la colonie voit un dernier convoi organiser le rapatriement de ses ultimes forçats.

http://criminocorpus.revues.org/2727

« Vous êtes le commandant  qui a rapatrié les derniers forçats de l’ile du Salut en Guyane ? ».

 

Parfaitement, c’est un des souvenirs les plus émouvants de ma carrière, j’ai ramené les derniers forçats de Guyane sauf ceux qui manifestèrent le désir d’y rester. A l’époque je commandais « l’île de Noirmoutier ».

 

 

 

 

 

 

N.B. : Cette photo du cargo mixte " Ile de Noirmoutier " a été extraite du blog du commandant Pierre CAPITAINE, qui fut second capitaine sur ce bateau en 1948

Comme nous ne pouvions pas accoster à l’île du salut nous avions jeté l’ancre à l’île Royale  où les forçats attendaient leur rapatriement. La plupart était dans une misère physiologique pitoyable, à mon bord il y avait 450 forçats libérés et 150 en cours de peine. Ces derniers étaient encadrés par des gendarmes, il y avait aussi des officiers de l’armée du salut.

Je me souviens de plusieurs forçats, l’un d’eux notamment nous touchait beaucoup. Pour quelques cigarettes, un repas amélioré ou un verre de vin, il rendait de nombreux services. En soupirant profondément, il nous disait : « Ah si mon père et ma mère …me voyaient ». Nous fûmes impressionnés voire émotionnés par cette piété familiale. Un jour j’ai demandé discrètement à un officier la raison de sa condamnation. Il regarda sur le livre des peines et dit : « il a tué son père et sa mère… ». Parmi les forçats, il y en avait un très grand, portant la barbe et une casquette de marin. Lors de leur débarquement à Nantes, toute la presse se trouvait là pour les photographier, et en tant que commandant de bord je fus sollicité pour être photographié avec eux. En raison des règles de mon service, j’ai dû décliner l’invitation des photographes. Pourtant dans la légende d’un journal à fort tirage, j’ai pu lire : « le commandant Dublineau au milieu des bagnards ». Ce n’était pas moi, mais le forçat à la casquette de navigateur ! »

 

Sac à terre, le Cdt Dublineau est devenu expert maritime à Bayonne,  une manière de rester au contact de la mer et des marins.