&&         ILS ONT  DIT           &&

 

 

 

 

 

 

 

1/7/2020

Navigation astronomique  - J.Pujo

2/5/2020

Communiqué de Francis Vallat

25/3/2020

DE L'AUTOMATISATION À L'AUTONOMIE

18/1/2019

SEAMEN’S CLUB ESCALE ADOUR

Septembre 2016

L'ÎLE AUX MARINS, L'ÎLE VRAIE!  

 

PRIERE COMMUNE POUR TOUS LES PERIS EN MER

 

30/6/2020

 

&&      NAVIGATION ASTRONOMIQUE    &&

 

L'intéressant article de notre camarade Roger BOSC dans le numéro 131 du LONG COURRIER, a ré­veillé mon souvenir d'une navigation durant laquelle s'étaient en même temps confirmés l'intérêt du position­nement par les astres et d'une bonne compréhension du principe sur lequel il est fondé.

 

Elle remonte aux années 1965/67, époque où je commandais « La Malouine ». un ex-dragueur canadien que les circonstances avaient conduit à devenir l'un des deux « stationnaires » à Djibouti. La fonction alliait une mission de patrouilleur dans les confins de la mer Rouge et le Golfe d'Aden, alors plus calmes qu'aujourd'hui, et une épisodique activité d'hydrographe.

 

Nous faisions tous les six mois, une grande traversée vers Diego-Suarez où existait encore un arsenal de la Marine, pour y effectuer un « petit » ou « grand » carénage, nom qu'on donnait à l'époque aux opérations périodiques de réparation et d'entretien. Le voyage aller était toujours direct et le retour toujours coupé par une escale aux Seychelles ou au Kenya, en alternance.

 

Un recours précieux

 

Cette fois, c'était le tour du Kenya et nous avions appareillé de Diego pour Mombasa, inhabituellement en soirée et « en vi­tesse », dans le but d'éviter autant que faire se pouvait la rencontre d'un cyclone qui approchait. Malgré cela la nuit suivante avait été très agitée, ce qui avait rendu l'estime douteuse. Heureusement, [antique radar qui équipait jusque-là le bateau venait d'être rem­placé par un « Decca 45» dont la portée accrue ne tarderait pas, pensions-nous, à détecter Aldabra, petite île déserte qui se trouvait sur notre route.

 

L'écho attendu tardait hélas de plus en plus à apparaître, confirmant le doute sur notre position. Dès le lever du jour, un ciel découvert avait permis plusieurs observations d'étoiles conclues par des intercepts de plusieurs dizaines de milles, peu fiables et qui confirmaient que nous n'étions pas sur le chemin prévu. La « théorie » rendait logique un décalage arbitraire de l'estime dans la direction vers laquelle ils convergeaient. J'en décidai et les calculs refaits avec cette nouvelle base fournirent des intercepts raisonnables, indiquant que les choses étaient « miraculeusement » rentrées dans l'ordre. Le point de midi confirma que nous nous étions bien « retrouvés ».

 

Le radar flambant neuf ne « vit » jamais Aldabra, mais cela n'avait plus d'importance. C'est sans doute un peu ridicule, mais je me souviens de la réelle satisfaction qu'éprouvèrent mes chefs de quart, comme moi-même, en constatant que cela « avait marché », oubliant ce faisant qu'il s'agissait d'une évidence !

 

Retour en grâce

 

Cette anecdote pourrait trouver un lointain écho dans la récente évolution des programmes d'enseigne­ment de l'Académie navale américaine. Disparu en 1991, l'apprentissage de la navigation astronomique et de l'usage du sextant y a été réintroduit en 2011 pour la spécialité de « navigateur », puis généralisé en 2017 à tous les élèves, avec trois heures de cours hebdomadaires.

 

 Motif : sécuriser les choses face au risque de panne des GPS, mais aussi, et surtout, à celui des cyber-attaques que l'on redoute de plus en plus.

 

« Nous avions abandonné la navigation astronomique parce que les ordinateurs sont plus précis et plus faciles à utiliser», a ex­pliqué au Washington Post le Lieutenant Commander Ryan Ro­gers, vice-président du département de navigation de l'Académie Navale, « le problème, c'est que comme nous nous sommes en­tièrement informatisés, il n'y a pas de secours en cas de panne et nous savons aussi qu'il existe des cybermenaces. »

 

De son côté, l'Académie de la marine marchande améri­caine n'avait jamais cessé cet enseignement et continuait à ap­prendre à ses élèves l'utilisation du sextant. Elle apporte maintenant son aide à l'Académie navale pour la mise au point de ses nouveaux programmes. «La connaissance de la navigation astronomique à l'époque du GPS permet une forme de navi­gation de secours dans l'hypothèse où celui-ci ne serait plus fiable, peu importe pour quelle raison» a déclaré à la revue Ocean Navigator l'un de ses doyens, le Captain Timothy Tisch, qui ne peut s'imaginer que l'on se qualifie demain sans la connaître. Et il ajoute que « C'est aussi une bonne pratique professionnelle que celle d'utiliser un système de navigation pour contrôler l'exactitude de l'autre. »

 

On ne peut que l'approuver.

 

                                                         Source « le Long Courrier »        J. Pujo

 

 

2/5/2020

 

 

 

&&                              POINT DE VUE  - Francis Vallat                                        &&

 

 Source Internet - Ouest-France

 

« Partir au combat pour que tout change. Car il n’y a pas d’autre choix »

 

                  Pour Francis Vallat, ancien président de SOS Méditerranée, si les intentions issues de cette crise sanitaire ne connaissent pas un début de concrétisation, il sera trop tard… « Et le volcan sur lequel nous dansons encore explosera. »»»

 

« Franchement je redoutais que, la crise du coronavirus passée, les vertueux « plus jamais ça » ou « il y aura un avant et un après » soient encore oubliés. Avec retour au « business as usual », comme après la crise financière de 2008.

 

Aujourd’hui je suis convaincu du contraire, tout simplement car nous avons sauté dans un inconnu qui exigera de nous battre sur tous les fronts à la fois : sanitaire, environnemental, économique, social, sociétal, humanitaire, et… spirituel, devenus indissolublement liés.

 

            L’humanité toute entière a eu peur

 

Les tenants du passé sont morts debout, et certains dirigeants le savent :

 

Le fait que la moitié de la population mondiale ait été confinée a créé une conscience nouvelle, dopée par les médias. Pour la première fois de son histoire, l’humanité toute entière a eu peur. Elle a découvert brutalement et directement que non seulement les civilisations, mais elle-même était mortelle. Comme elle venait de le faire pour la planète sauf que cela avait pris des décennies.

 

    Les conflits mondiaux n’avaient pas fait douter de la survie de l’homme lui-même. Pourtant le premier a entraîné la création de la SDN (Société des nations) et le deuxième celle de l’ONU (organisations des Nations Unies). Et maintenant, après ce traumatisme d’une ampleur sans précédent, partout dans le monde trop de jeunes, de parents, de responsables, de peuples, ne supporteront plus le temps perdu et les risques induits par les querelles inutiles, la nature violée, la biodiversité méprisée, les effets pervers de la globalisation, les dangers d’un monde interconnecté à tous niveaux. Il va falloir aller beaucoup plus fort, plus loin, plus vite…

 

            Solidarité dans l’action et sacrifices

 

Le cœur de nos systèmes a été définitivement bouleversé. Tous les verrous économiques, tous les principes sacro-saints ont sauté. L’énorme planche à billets a juste été un ballon d’oxygène évitant la mort subite.

 

Le défi de la survie imposera enfin solidarité dans l’action, et sacrifices. Mise en veilleuse des positions trop privilégiées pour les uns, des droits acquis pour les autres… À l’échelon national, il faudra revenir à l’État stratège et changer de braquet : esprit de défense, santé, éducation, autosuffisance nationale de première nécessité… Mais surtout il faudra promouvoir de nouvelles ambitions européennes et internationales.

 

Certes, la notion de gouvernement mondial est une utopie, mais cessons de prendre ceux qui le souhaitent pour des nimbus comme on le faisait naguère des écolos. Et il se pourrait que la grandeur de la France soit de se battre, avec le soutien des opinions publiques responsabilisées, pour refonder notre contrat social dans le cadre d’un combat à mener au niveau de la planète. Pas sûr que les chinois ne jouent pas le jeu…

 

          Il n’y a pas d’autre choix que de changer

 

Je suis de ceux qui sont prêts à partir au combat pour qu’effectivement TOUT change.

Car il n’y a pas d’autre choix !

 

La prise de conscience collective de la menace mortelle qui pèse à la fois sur la planète et sur le genre humain – dont il devient enfin criant que leur destin est lié – peut d’ailleurs offrir une base d’action aux gouvernants « d’après », ainsi qu’un argument et une arme essentiels pour les responsabilités courageuses qu’ils doivent prendre : qu’il s’agisse de la nécessité maintenant avérée de corriger la mondialisation pour en équilibrer les effets positifs et les effets destructeurs ; ou de la volonté de plus en plus répandue de ne plus céder aux sirènes de la « dictature du consommateur » ; ou encore du défi incontournable de renforcer la solidarité à la fois au sein et entre les communautés nationales ; ou enfin et surtout de l’impératif ressenti par tous de donner plus d’efficacité à la gouvernance mondiale, je veux dire à la coordination d’un monde où chacun « tient l’autre par la barbichette » (la Chine ne pourra vivre sans ses « clients » par exemple, ou pour résumer aucun pays ne peut ni ne pourra s’en sortir sans harmonisation avec les autres…)

 

         Deux réponses à l’urgence

 

Alors certes, « tout l’art est d’exécution », comme le disait Clausewitz en parlant de la guerre (et là le terme est approprié car il s’agit bien de vaincre la marche implacable vers un suicide collectif), et je n’ignore pas que dans nos démocraties en particulier, les dégâts sociaux causés par une telle révolution peuvent être terribles et empêcher toute initiative, même vertueuse. Mais il me semble qu’il n’y a que deux réponses possibles à cette interrogation majeure :

 

La première est que les gouvernants aient conscience qu’ils ne pourront rendre acceptables les efforts exigés (comme dans toute période de transition) sans montrer qu’ils font et feront tout pour les limiter, pour les répartir avec justice, et pour réduire le nombre de sacrifiés sur l’autel de l’intérêt de tous. Ils doivent donc eux-mêmes réaliser qu’ils ne pourront agir sans mettre en œuvre, tous ensemble, partout et d’une même voix, une pédagogie harmonisée vis-à-vis de tous leurs peuples simultanément. Ce qui suppose en outre qu’ils auront au préalable à se mettre d’accord sur les gages de crédibilité qu’ils devront se donner réciproquement. À cet égard ce qui hier encore relevait, plus que jamais, de l’utopie, est devenu la condition de la survie de chacun…

 

La deuxième est que si les gouvernants du monde ne vont pas dans cette direction, il n’y aura plus aucune chance d’inverser le chemin qui nous conduit universellement à la catastrophe. Un exemple ? L’hystérisation de la « coronacrise » dans les sociétés les plus avancées, relayée et renforcée par leur surmédiatisation, les plongera dans une situation à laquelle elles ne pourront résister. À commencer par le silence (assourdissant aujourd’hui) ou l’inertie qu’elles ne pourront plus opposer aux flux des populations révoltées de l’hémisphère sud de plus en plus touchées par les pandémies et/ou dérèglement climatique.

 

Le défi est énorme car il est à proprement parler existentiel.

 

Ces derniers sont aujourd’hui contenus tant bien que mal mais demain, si rien n’est fait, les peuples bafoués n’auront plus rien à perdre. Et ils auront une force terrible que nous avons perdue, qui est de savoir que la mort fait partie de la vie. Cette sagesse ancestrale nourrira paradoxalement leur folie destructrice… en plus de leur nombre et de leur désespérance qui les rendra invincibles.

 

Le défi est énorme car il est à proprement parler existentiel. Il nous met en plus au pied du mur des valeurs qui forgent notre identité. Jamais dans l’histoire il n’a été aussi immense et universel… Il est enfin URGENT car l’homme a encore – mais pour quelques années seulement – la possibilité de redistribuer lui-même les cartes. Mais si demain ces intentions ne sont ni affichées ni ne connaissent un début de concrétisation, il sera trop tard… et le volcan sur lequel nous dansons encore explosera. »

 

(*) président d’honneur du cluster maritime français et européen, ancien président de Sos Méditerranée, association civile et européenne de recherche et sauvetage en haute mer, créée en 2015 par des citoyens voulant agir pour mettre fin aux naufrages de migrants en Méditerranée

 

25/3/2020

 

 

&&    DE L'AUTOMATISATION À L'AUTONOMIE  &&

 

Par Jacques Schirmann président fédéral de la FNAPMM (Commerce et pêche)

 

Nous sommes les survivants d'une formation maritime très classique ayant fait leurs premières armes sur des navires très classiques, les plus souvent les Liberty Ships, construits pour durer peu d'années, et qui tous ont fait d'honorables et longues carrières. Ces navires n'étaient pas dotés des instruments modernes de navigation. Le sextant, et le chrono, le « flair » marin sur les passerelles ouvertes, étaient de règle. Le confort était sommaire, la climatisation inconnue, les embarquements étaient longs, et nous avons malgré tout survécu, n'en gardant le plus souvent que de bons souvenirs !

 

Dans les années 1970, nous avons connu l'automatisation et la formation polyvalente, et des passerelles dotées d'instruments plus modernes, avec un peu plus tard l'introduction de la géolocalisation. Si confier la gestion des tâches courantes à des automatismes, notamment dans la machine, a permis de mieux gérer les compétences, cela n'a pas pour autant supprimé les interventions humaines, en cas de défaillances toujours possibles. Certains vieux chefs mécaniciens ont eu du mal à admettre que leur moteur pouvait se passer de mécaniciens toute une nuit ! Par ailleurs la polyvalence, initialement prévue par les armateurs pour disposer d'officiers aptes à toutes fonctions, a introduit sur les bords un esprit nouveau, une meilleure compréhension mutuelle, évitant les clivages pont/machine que l'on a pu connaître.

 

Si cette évolution s'est accompagnée de meilleures conditions de travail et d'habitabilité, emménage­ments plus spacieux, dotés de la climatisation, de temps d'embarquement plus courts et de congés/repos plus longs, elle a eu cependant son revers avec une réduction drastique des équipages, touchant notamment le personnel d'exécution. Un peu plus tard, avec l'amélioration des communications par satellites, ce fut la sup­pression de l'officier radio.

 

Cette évolution s'est poursuivie avec l'introduction du pavillon RIF, réduisant l'équipage français sous régime ENIM à la portion congrue de quelques officiers, le personnel d'exécution étant remplacé par des marins étrangers.

 

Aujourd'hui, avec des équipages toujours aussi restreints, nous sommes à l'ère du gigantisme pour les porte-conteneurs, vraquiers, pétroliers, La productivité du marin à la tonne transportée a été décuplée. Le coût de l'équipage dans le « running cost » est devenu extrêmement faible. La chaîne satellitaire (actuellement amé­ricaine, demain européenne avec Galileo) permet de suivre les positions et déplacements des navires avec une grande précision. Sur les passerelles les sextants et les chronomètres sont relégués au fond des placards. Les armateurs peuvent à tout moment intervenir et peser sur les décisions à prendre par les capitaines, en fonction des circonstances du moment.

 

Il n'est donc pas étonnant qu'aujourd'hui le navire autonome, donc sans équipage, refasse surface dans l'esprit de certains, et soit l'objet d'études poussées. D'aucuns diront que c'est dans le vent de l'histoire et que tous les modes de transport seront concernés : la voiture autonome existe, encore à titre expérimental, le métro sur certaines lignes roule sans conducteur (mais sur des rails), les trains suivront, les avions (depuis longtemps) peuvent se poser sans l'intervention du pilote...

 

Demain donc, les navires n'auraient plus besoin de marins pour naviguer, et seraient confiés aux auto­matismes, face aux éléments, pilotés à distance par un opérateur situé à plusieurs milliers de kilomètres et qui pourrait n'avoir jamais été marin. Devant ce constat du futur, devrions-nous nous résoudre à couler pavillon haut en emportant les souvenirs de nos navigations passées !

 

Sans nous refuser à toutes les évolutions techniques, et ayant fait la preuve de par nos carrières res­pectives, que nous nous sommes constamment adaptés, nous osons attirer l'attention de ces concepteurs du futur, sur plusieurs points qui sont au cœur-de nos préoccupations.

 

La mer, qui a été notre lieu de travail, qui nous a formés, et dont nous avons affronté les humeurs, ne changera pas. En dépit des prévisions, toujours plus sûres, les navires devront continuer à l'affronter. Tempêtes, cyclones, vagues scélérates (imprévisibles) existeront toujours, même si heureusement les suivent ou les pré­cédent de longues périodes plus clémentes. Peut-on vraiment apprécier à distance la meilleure décision à prendre, changement de cap, réduction de vitesse, dégâts engendrés par les cataclysmes, tels que perte de conteneurs ? apprécier et combattre un début d'incendie ?

 

Certains avanceront que les navires du futur seront de plus en plus sûrs, que les organes vitaux, les au­tomatismes, seront doublés, voire triplés, pour parer à toutes evntualités. Il n'empêche que selon les expé­riences que nous avons vécues, un navire peut se trouver en plein océan, à la merci d'un incident banal qui dégénère : rupture d'un tuyau de combustible, provoquant un incendie, rupture de vanne, feu au coeur d'une cargaison de charbon, ou d'un conteneur : des événements récents l'ont démontré. Comment intervenir en ces circonstances ?

 

Autres éléments actuellement incontournables : notamment les règles 2 et 5 du Ripam (Règlement In­ternational pour prévenir les abordages en mer). Selon les projets dont nous avons connaissance, le comman­dement du navire pourrait être assuré à distance, depuis la terre. Comment dans ce cas respecter les règles ci-dessus ? Nous sommes de ceux, du moins pour la plupart, qui pensent qu'aucune technologie même pous­sée ne pourra remplacer la présence humaine et le « sens marin » qui conduit à prendre la meilleure décision. Le Comité de la Sécurité maritime de l'OMI va paraît-il se pencher sur la question et envisager après 2020 l'éventuelle modification des règles. Espérons que le bon sens à défaut d'être marin prévaudra!

 

Autre point, celui du droit maritime, qu'il faudra modifier profondément: au regard de la loi, le Capitaine est le responsable pénal de l'expédition maritime, sécurité de la navigation et du navire, conservation et livraison des marchandises à bon port et en bon état... Un opérateur à distance dit « capitaine » pourrait-il être encore chargé des mêmes responsabilités ?

 

Les assureurs qui constatent d'années en années que les accidents de mer sont de plus en plus lourds de conséquence, avec le gigantisme des navires, vont-ils admettre que les capitaux qu'ils assurent, navires et cargaisons, qui sont de plus en plus importants, soient confiés à des automatismes et des logiciels, parfois faillibles, sans augmenter considérablement les primes d'assurance ?

 

Enfin, puisque notre époque connaît la piraterie, des commandos bien organisés, dotés des moyens les plus modernes, ne tenteront-ils pas d'investir un navire, de le détourner de sa route, ou de piller ses marchan­dises. Une cyberattaque aujourd'hui possible, ou un orage tropical, ne viendront-ils pas perturber les commu­nications et interventions à distance ?

 

Les concepteurs du navire autonome sont certainement conscients de toutes ces objections avancées et ne manqueront pas d'envisager toutes les parades possibles. Quant à nous, anciens et nostalgiques d'un métier que nous avons aimé, malgré toutes ses contraintes, sans nier ni prétendre que la présence humaine exclut tout accident, nous nous posons deux questions pour conclure : pourquoi cet acharnement à vouloir faire disparaître toute présence humaine sur un navire, dont le coût représente si peu au regard des capitaux engagés ? Et y aura-t-il un armateur assez « fou » ou inconscient pour relever ce défi de l'autonomie voulu par certains ?

 

J. Schirmann

 

Nota : nous avons volontairement omis de cette réflexion les navires de croisières dont le gigantisme nous in­quiète, autre problème !

 

 

18/1/2019

 

 

 

&&      Seamen’s club Escale Adour     &&&

 

 

Allocution de Dominique au Seamen’s Club

 

 Merci Mikel de me donner la parole (bien que ce soit là un exercice auquel je ne suis pas rompue…) afin de partager avec vous tous mon expérience au sein du FDM de Bayonne.

 

Pour planter un peu le décor, j’ai été bénévole pendant environ 3 ans à raison d’1 soir par semaine.

 

 Depuis avril dernier, son président, François Cazeils, m’a proposé de devenir « permanente » et ce, alors que je cherchais du travail ; cette embauche a bien entendu été rendue possible grâce au décret mis en place début 2018 contraignant tout navire entrant dans un port à s’acquitter d’une taxe dévolue aux FDM.

 

 L’une des raisons, me semble-t-il, pour laquelle ce poste m’a été offert est que je manie bien l’Anglais ; sa maîtrise est en effet indispensable pour pénétrer la vie des marins. Depuis lors, cette langue a adopté une palette de sonorités pour moi puisque parlée par des hommes de Russie, Khazakstan, Inde, Turquie, pays baltes,… et cela me plaît infiniment.

 

 C’est ainsi que, depuis lors, je travaille tous les jours de 16h à 21h pour cette association.

 

 Mon rôle principal, outre l’entretien du foyer, les appros en produits de 1ère nécessité, est l’accueil des marins dont les navires marchands accostent à notre port. Accueil au foyer, mais avant tout à bord des navires, ce qui me motive plus particulièrement et me permet d’entrer dans le vif de la vie à bord et de sentir si l’ambiance est bonne, s’il n’y a pas de souci patent.

 

               Je suis généralement accueillie au « carré » (en quelque sorte le salon des marins) ou sur la passerelle, souvent par un officier, très vite rejoint par d’autres membres d’équipage… une femme à bord est en effet peu courant !

 

 Là, je leur propose nos services (mini bus gratuit pour les amener où ils le souhaitent : centre ville, plages, galeries marchandes, coiffeur, pharmacie…).

 

 Plus tard dans la soirée (de 18 à 22h), 2 bénévoles (différents chaque soir) assurent l’accueil au foyer, avec ou sans moi (dépendant si je suis appelée ailleurs sur le port).

 

 Voilà une activité qui pourrait ressembler à de l’humanitaire, à domicile. Elle est faite de rencontres, de partage et, donc, de beaucoup de joie, de part et d’autre et ce, en dépit du caractère éphémère de ces rencontres.

 

            Pour ma part, c’est une très belle expérience (et non uniquement un travail) de rencontre et de partage. En outre, une présence féminine surprend parfois, mais, très vite je sens les bienfaits que cela a sur eux.

 

 

 

          Il n’est pas rare que, des jours, voire des mois après qu’ils aient quitté Bayonne, quelques uns continuent de m’envoyer des messages (via Whatsapp), des photos de leur famille (de leur nouvelle voiture même) lorsqu’ils sont rentrés chez eux, réitérant leur remerciement pour le soutien que je leur ai apporté, mon sourire et le courage et l’espoir qu’ils en ont tirés.

 

 Je les garde précieusement et les partage avec les bénévoles, ayant notamment ouvert sur l’ordinateur du foyer un dossier contenant les photos.

 

           Je disais à François Cazeils, notre président, que c’était la 1ère fois de ma vie professionnelle (et elle touche à son terme) que je recevais immédiatement et spontanément de la reconnaissance !

 

J’ai omis de vous dire pourquoi (mais ce n’est pas l’unique raison) le monde maritime me touche ; j’ai été mariée à un 2nd capitaine et me souviens qu’il disait souvent souffrir de solitude et surtout d’isolement lorsqu’il était en mer.

 

 Je retrouve ce sentiment chez la plupart des marins que je rencontre, bien entendu pour ceux qui veulent bien s’ouvrir à nous.

 

        J’ai moi-même navigué pendant 3 mois en sa compagnie et ai véritablement pris conscience de ce ressenti à tel point que, à l’époque, j’en ai conçu que les marins étaient une espèce à part sur la planète….. Il me revient d’ailleurs une phrase, que l’on attribue à Platon ou Aristote (les spécialistes ne s’accordent pas) : « Il y a 3 sortes d’hommes : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer »…

 

        Il me semble que beaucoup de terriens n’imaginent pas ce que peut être la vie d’un marin. Elle est faite d’isolement donc, de rupture et souvent de sacrifice, en tout cas pour nombre d’entre eux.

 

Pour ex., ces Philippins ou Birmans qui naviguent sous contrats de 9 à 11 mois, alors que l’essentiel de leur salaire est envoyé à leur famille, laquelle continue naturellement de vivre et ce donc, grâce à ces subsides. Ainsi, ces marins vivent comme en suspens…

 

Imaginons la fragilité de l’Homme de mer, plus grande encore que notre condition de terrien. Il est fréquent que j’entende ce ressenti, au travers des échanges que je peux avoir avec certains marins.

 

Pour aggraver cela, un nouveau comportement, dû à l’avènement de la technologie et de l’internet, me semble important à aborder : l’attitude des marins (les plus jeunes en particulier) a changé depuis lors ; en effet, aussitôt que leur navire a accosté, ils tentent d’obtenir le signal qui leur permettra de se connecter à l’internet. S’ils y parviennent, au lieu de s’ouvrir à l’univers qui les entoure (un nouveau pays..), ils s’isolent dans leur cabine pour entrer en contact avec leurs proches. Ce qui est bien naturel. Pendant ce temps, les rapports humains s’appauvrissent et les marins sont à peine conscients de la souffrance que cela engendre pour eux-mêmes.

 

C’est un sujet nous semble-t-il sur lequel il nous faut réfléchir car ces marins, en dépit du fait qu’ils ont plaisir et besoin d’être reliés à leurs proches, agrandissent par leur propre attitude la souffrance que représente l’isolement.

 

Mais le FDM ce sont aussi de superbes moments, des soirées où l’alchimie agit, où des marins de bateaux différents et de nationalités différentes se lient et, la bière et le vin aidant, créent une magnifique ambiance. Certains jouent au billard, un autre prend la guitare, l’on chante ensemble, parfois même l’on danse et c’est la fraternité qui nous emporte.

 

Si vous le souhaitez, j’ai porté mon ordinateur et vous propose, lors de l’apéritif qui sera servi à l’issue de cette messe, de regarder quelques photos et vidéos qui illustrent bien mes propos.

 

Pour en revenir à mon vécu, je voudrais dire qu’exercer cette activité à notre époque extrêmement troublée est à mon sens une grande chance ; les nations, les peuples et les individus se recroquevillent de plus en plus, sont dans la peur de la perte d’identité et, donc, dans la peur de la différence. Quant à moi, j’ai le sentiment d’être totalement ouverte au contraire, au contact des différences, du fait que je côtoie des gens de nationalités et de confessions diverses. Et, ce faisant, je pense souvent à la phrase de Gandhi que j’aime tant : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». Au travers de cette activité, c’est ce que je m’applique à faire, à ma petite mesure, et cela me rend heureuse.

 

 

 

             C’est là une grande expérience humaine (c’est ainsi que je la vis), presque une mission (mais le foyer des marins s’appelle aussi « mission des marins »), que j’embrasse de tout mon cœur et avec conviction. C’est une des rares fois de ma vie où j’ai le sentiment que mon travail sert véritablement à quelque chose et contribue à faire du bien autour de moi.

 

Tout cela semble peu, mais je vous assure que c’est énorme. Cela fait écho à ma façon de penser, sur la nécessité d’ouverture qui à mon sens est impérative pour le bien de chacun de nous et celui de tous. J’ai le sentiment, à une toute petite échelle et toujours bien entendu pour l’association Escale Adour, d’œuvrer à ce travail d’ouverture.

 

Je voudrais conclure en reprenant ce que je disais précédemment, à savoir que la rencontre, le partage, l’échange sont une source de joie inépuisable. Je pourrais vous citer nombre d’anecdotes pour illustrer ces propos.

 

C’est là que nous rejoignons le texte de l’évangile de JC selon St Luc qui vient d’être lu. Marie, portant Jésus en son sein, s’empresse de rejoindre sa cousine, Elisabeth, elle-même portant Jean-Baptiste, pour partager avec elle la joie de vivre un tel événement, la Visitation.

 

La joie est bien dans la rencontre, le partage, l’échange et donc, l’accueil et l’ouverture à l’Autre.

 

 

 

                                                                                                                   Merci de m’avoir écoutée

 

 

Septembre 2016

 

 

 

&&    L'ÎLE AUX MARINS, L'ÎLE VRAIE!   &&

 

 

 

Nous avons bien connu René Moniot-Beaumont à Paimpol pendant nos études, il ne s’est pas contenté de naviguer, il écrit tellement bien :

 

 

 

L'île aux marins, l'île vraie !

Île de bruyère et d'ajonc parsemée de fleurs sauvages colorées qui poussent à l'abri de petits murs, elle est peu cultivée aujourd'hui, on peut y rencontrer une vache ou des moutons noirs de temps en temps. Les abeilles restent nombreuses et leur miel ré­puté. Balayée par le vent, comme pour ses « consoeurs » bretonnes, on y parle de mi­croclimat, les pluies se montrent capricieuses, mais il est réjouissant de voir le continent couvert de nuages quand le soleil d'Ouessant réchauffe rapidement l'atmosphère insu­laire. L'eau douce ne manque pas avec le double lac de Merdy. Les oiseaux ne s'y sont pas trompés et les phoques gris apprécient aussi ce territoire extrême du continent européen. On a l'habitude de dire qu'il n'y a pas de mauvaise saison à Ouessant.

 

On la découvre soit du continent, soit de la Pointe Saint-Mathieu par temps clair, ou par mer au cours de la traversée Le Conquet/Ouessant qui prend environ une heure sur un navire de la Penn Ar Bed, Le phare du Stiff indique le cap à suivre pour atteindre l'entrée du port.

 

Depuis dix-huit ans, le Salon International du livre insulaire ouvre ses portes la troisième semaine d'août. Il est baptisé cette année UTOPIA, cinq cents ans après la publication du célèbre récit d'anticipation politique de Thomas More. Comme j'avais rédigé un texte en avril dernier intitulé : « Les voyages de Pantagruel », j'étais convié à décrire les périples du fils de Gargantua à travers les îles du Tiers et Quart Livre de notre cher Rabelais. Curieusement, je fus dénommé sur la publicité papier du salon : « le rabelaisien », et pourquoi pas !

 

Voilà cinq ans que je me rends à ce salon, une semaine de vacances de retraité, de plus ma femme éprouve un véritable emballement pour tout ce qui relève de Enez*. Elle, qui n'est pas experte en carte, connaît la géographie de l'archipel au rocher près. Accompagnée de sa sœur et notre beau-frère, ils ont parcouru le tout Ouessant du phare du Stiff à la Pointe de Pern à bicyclette avec des escales ravitaillement et rafraîchis­sement au salon.

 

À l'issue de ma « conférence », j'ai rencontré des visiteurs du salon et ce qui me fit énormément plaisir, il y avait parmi eux des anciens de nos marines, ceux que j'appelle aujourd'hui : les derniers marins d'Oues­sant.

 

Un mémoire daté de 1685 signale « que l'île était alors peuplée de 1 285 personnes, regroupées en 296 feux et compte 250 hommes au plus en état de porter des armes. En 1759, un autre rapport constate qu'il existe 395 feux ne donnant que 260 hommes susceptibles d'être armés (mais une douzaine sont prisonniers des Anglais, 16 naviguent sur les bâtiments du Roi, 27 à 30 naviguent au cabotage. » Elle est restée isolée pendant des siècles, ses abords ont toujours été très difficiles et pendant longtemps seule la baie de Lampaul devenait accessible, mais face à l'ouest ce ne doit pas être simple par gros temps. En 1911 le nombre d'habi­tants a frôlé les 3 000 personnes. Aujourd'hui, le dernier recensement (2011) donne 871 résidents à l'année. Pendant longtemps, cet archipel constituait une société autarcique et matriarcale. Au départ des hommes pour la mer, les femmes devenaient de véritables chefs de famille, s'occupant de leur modeste maison, de leurs en­fants, et cultivant leurs lopins de terre fortifiés contre les vents.

 

 

 

Comme l'écrivent certains : Ouessant, c'est l'ile aux femmes ! En 1772 L'amiral Thévenard écrit : « L'usage qui caractérise le plus l'antiquité des mœurs, dans l'île, est celui de ne faire de mariage que sur la demande que fait la fille du garçon qu'elle choisit pour époux. » La coutume faisait que les femmes gar­daient aussi leur nom de jeune fille et les hommes qui revenaient des longs voyages à bord des voiliers long-courriers revenaient dans la maison de leur épouse. Il existe un dicton féminin ouessantin : « Krog pag avi, nhor bezo keto hini ! Soit « Prends quand tu trouveras, nous n'aurons pas chacune le nôtre ! »

 

Mon amie Ondine Morin, qui est amoureuse de son pays du vent du large et une guide conférencière hors pair, me précise que ce dicton ouessantin se traduit aussi par : « Croches dedans si tu peux, y'en n'aura pas pour toutes. » (Excellent) Les femmes sont associées et non dépendantes, puisqu'elles gèrent terres et maison, et l'auteur de ces lignes d'ajouter « et de le rappeler lui-même dans le droit chemin si par malheur pour lui, il a trop bu! » Les suffragettes affirmaient en 1903 que la femme est l'égale de l'homme, elles avaient un bon train de retard vis-à-vis de cette société insulaire.

 

La fascination étrange de la mer exerce sur les hommes son mystérieux pouvoir. Dès le plus jeune âge, le jeune ouessantin regarde le large et cela le remplit d'espoir. Il ne le sait pas encore, mais l'âcre odeur océane, le vent salé lui permet de respirer le grand large : son avenir de marin ! Le destin de la plupart des hommes de l'archipel est de naviguer. Il sera embarqué pour toujours, il ne connaîtra de la terre que ses côtes, et en levant les yeux au ciel les étoiles et les astres, si utiles en navigation astronomique. Baudelaire dans Les Fleurs du mal, pose les questions :

 

Faut-il partir? Rester? Si tu veux rester, reste ;

Pars, s'il le faut. L'un court, et l'autre se tapit,

Pour tromper l'ennemi, vigilant et funeste,

Le temps !

 

La gent masculine disparaît de nombreux mois, sans donner quasiment aucune nouvelle, sauf quelques lettres envoyées de l'autre bout du monde.

 

Connaître l'allégresse et l'orgueil de la première traversée est un rêve de futur matelot, dépasser la ligne parfaite de l'eau et du ciel pur donne envie à chaque enfant de partir. Je me rappelle ce texte de Victor Hugo dans la Légende des siècles:

Femmes attendant du courrier de leurs maris devant la poste de Lampaul en 1898

 

 

 

Des marins, il n'en reste plus ou presque. Il y a un demi-siècle, des Malgorn, Jézéquel, Berthelé, Cozan, Legal, Lanilis, Riou, Le Flem, Le Noret, Morin, et bien d'autres, parcouraient les mers sur les navires surtout de commerce, de pêche et de la Royale. Ouessant avait la réputation d'être le canton où il y avait le plus de marins (inscrits ou retraités) soit environ quatre cents inscrits maritimes. (Merci Ondine pour ces précisions !)

 

Aujourd'hui, j'ai demandé combien il en restait? On me répondit : soixante ! Ils naviguent? Non, ils sont tous à la retraite !

 

                         C'en est fini de l'île aux marins!

 

 

 

Je n'ai pas pu m'empêcher de parcourir les allées du cimetière, une bonne façon de se remémorer les listes d'équipages de nos navires d'antan. Écrivains à l'encre salée, inutile de chercher le no  s littéraires dans je ne sais quels exercices de mémoire, visitez nos nécropoles maritimes comme Ploubazlanec, Le Guilvinec, Sète, et autres cimetières marins, pour y relever leurs patronymes. Sachez que chaque nom re­présente un véritable roman de vie hauturière.

 

Et puis il y a ceux qui sont disparus en mer, comme on voit trop souvent sur les stèles mortuaires ou dans les églises. À Ouessant, le corps du défunt à jamais enfoui dans les abysses océaniques est représenté par une petite croix que l'on remettait aux familles. On retrouve ce rite religieux en 1734 et jusqu'en 1962. Est-ce à cause d'une meilleure sécurité à bord ? Peut-être ! Pourtant chaque année la mer étend son linceul de couleur bleu, gris ou vert sur ses infortunées victimes. Cette petite croix a pour nom : « croix de proêlla » on veillait ce pauvre symbole dans la maison bien close :

 

Le logis est plein d'ombre et l'on sent quelque chose

 

Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur.

 

Des filets de pêcheur sont accrochés au mur.

 

Au fond, dans l'encoignure où quelques humbles vaisselles

 

Aux planches d'un bahut, vaguement étincelle,

 

On distingue un grand lit aux longs rideaux tombants

 

Tout près, un matelas s'étend sur de vieux bancs,

 

Et cinq petits enfants, nids d'âmes, y sommeillent.

 

La haute cheminée où quelques flammes veillent

 

Rougis le plafond sombre, et le front sur le lit,

 

Une femme à genoux prie, et songe, et pâlit.

 

C'est la mère. Elle est seule. Et dehors, Blanc d'écume,

 

Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brume,

 

Le sinistre océan jette son noir sanglot.

 

 

 

                           Victor Hugo « La Légende des siècles

 

            

Il existe un petit monument dans le cimetière de Lampaul avec une ins­cription : « ici nous déposons les croix de proêlla en souvenir des marins morts loin du pays, dans les guerres, les maladies, les naufrages.»

 

 

Lors de la triste nouvelle d'un décès au loin, une veillée mortuaire était organisée autour de ces petites croix de cire. Le lendemain, on l'apportait à l'église lors d'une procession pour la déposer dans une urne que l'on peut en­core voir de nos jours non loin de l'autel. À la Toussaint, lors de la visite de l'évêque, toutes ces petites croix étaient déposées dans le mausolée situé au centre du cimetière. La dernière proélla eut lieu en 1962.

 

 

À l'issue de ma « conférence », j'ai pu discuter avec les gens d'Oues­sant. Pour ma grande joie, je fus convié à un apéritif le lendemain midi par Pierre Berthelé, un ancien intendant de la Société Navale Delmas Vieljeux. Mémorable moment entre gens de mer, les souvenirs se partagèrent entre le traditionnel jaune (pas de Pub !) de nos apéritifs au large et un cahier d'archives, création de notre ami qui pa­tiemment a collecté au cours de ses embarquements des documents qui rempliraient d'aise le moindre historien de marine.

 

Samedi soir, les organisateurs, Isabelle Le Bal, et Yves Coulm nous convièrent à un Fest=noz très réussi. Une soirée où le ragoût sous la motte, ce plat incomparable de l'Île qu'il ne faut jamais manquer lors d'un séjour insulaire. Pourtant, l'ami Paul Jézéquel nous mit l'eau à la bouche en parlant de son menu du lendemain : un homard tout frais pêché, pomme de terre, mayonnaise.

                                                                                   René Moniot Beaumont

                                                                                    Septembre 2016

 

 

Prière commune pour tous les péris en mer

 

 

 

                   du Safran, de l'Antartîca et tous les autres !

 

 

 

Notre Père qui est aux cieux, que ton Ciel est loin certains jours quand il faut payer le poisson par la perte de nos amis marins ! Des gars ont tout donné par amour des leurs !

 

Nous te les confions.

 

Que ton Règne vienne parmi nous. Ce que tu veux c'est que l'homme vive de son métier!

 

Qu'il fasse le bonheur autour de lui.

 

Oui, que ta volonté soit faite, grâce à celles et ceux qui veulent mettre la valeur de la personne avant l'argent !

 

Après les tempêtes et les naufrages, les marins repartent au large ! Donne-leur du travail, du poisson mais pas à n'importe quel prix !

 

Donne-leur l'amour familial qui va du bateau à la maison et du foyer au bateau ! Cet amour familial qui aide à prendre les précautions de sécurité, car les familles attendent le

 

retour de leurs proches !

 

Que le nom des marins soit respecté à bord, ainsi ton Nom sera-t-il aussi respecté.

 

Ne nous laisse pas sombrer dans la logique du chacun pour soi, de l'intérêt immédiat.

 

Que le souvenir de nos amis soit là pour nous rappeler qu'autour d'eux, comme nous le sommes aujourd'hui, nous ne faisons qu'un seul équipage.

 

Oui, Délivre-nous du manque d'espérance et de courage pour promouvoir de l'humain dans nos ports !

 

Aide-nous à nous soutenir les uns les autres, pour que vienne Noël, ce temps ou l'AMOUR illumine le ciel de la mer et celui de la terre.

 

Ce ciel qui vient réchauffer nos coeurs et qui, le jour de la grande Rencontre, ouvrira ses portes à ceux que l'océan engloutis, réunis, enfin, autour de nous tous, gens de terre gens de mer.

 

Amen !

 

                                                                                                                       Mikel Epalza